Lima, Pérou. Après des mois de brouillard permanent, cette humidité qui née de la différence de température entre l’air de l’Océan Pacifique et celui de la Cordillère des Andes, l’été a du mal à pointer son nez. Ce début de novembre est encore bien trop gris et trop frais pour un pays situé sous l’Equateur. Mais l’image que renvoie la capitale péruvienne et ses plus de 10 millions d’habitants est pourtant bien contrastée.

10 millions d’habitants. Une ville de 200km de superficie. Mais surtout, une ville qui contient le tiers de la population totale du pays ! Pourquoi ?

Parce qu’il paraît qu’à Lima, on peut trouver du travail. Ou plutôt, de l’argent. L’argent qui semble disparaître des zones rurales, au profit d’on ne sait qui. Je ne peux pas tout de suite m’étendre sur le sujet, je ne suis pas encore sortie de Lima pour pouvoir me faire une opinion. Toujours est-il qu’on entend beaucoup dire que les « gringos » y sont pour quelque chose, à cette misère. Entre déforestation à outrance et exploitation minière, qui détruisent et contaminent l’environnement des populations locales, autant dire que les dossiers sont plutôt lourds.

Mais revenons à Lima. Cet après-midi même, je me promène dans Miraflores et Barranco, quartiers surplombant l’océan où fleurissent hôtels et restaurants. Les rues sont propres, les maisons sont luxueuses, les portails s’ouvrent automatiquement. Pas ou peu de marchands ambulants, des gens bien habillés qui parlent anglais. Beaucoup de Blancs. Les odeurs des mets péruviens les plus recherchés s’entremêlent aux notes de la salsa jazzy qui s’envolent des bars. On se croirait presque en Europe, peut-être dans une capitale méditerranéenne.

Une maison à Barranco

 

Une maison a Barranco

Ce week-end encore, j’étais à Villa El Salvador, dans la banlieue sud de Lima. Plus d’une heure de bus, pendant laquelle on voit les maisons se rétrécir, les rues se salir et les gens s’appauvrir. Arrivée dans le coin, presque plus de goudron. Les rues sont poussière où dorment les chiens sur un monticule de détritus. L’agitation est folle, on veut te vendre tout ce qu’on a à chaque coin de rue. Mais le plus frappant, ce sont ces maisons, faites de tout et de rien. Des toits de tôle reposent sur des murs en briques ou en béton pas encore peints mais déjà noirs de CO2.

Les rues de Villa El Salvador

 

Les rues de Villa El Salvador

Mais parlons plutôt de ces gens qui vivent dans ces endroits reculés où les caméras ne vont que pour montrer le dernier viol du moment ou la dernière émeute. Oui, dans la rue, c’est dangereux. Mais j’ai eu la chance de pouvoir ouvrir la porte d’une maison de là-bas. J’ai été accueillie les bras ouverts, et à peine arrivée qu’on me servait déjà à manger en quantité plus que nécessaire. Ces gens, aux cheveux sombres et à la peau mate, au regard lointain vers les montagnes ou la forêt, ces gens ont un cœur si grand qu’il déborde d’amour et d’humanité. Ces deux mots que parfois l’on oublie, quand on habite en Europe et qu’on a à manger tous les soirs, ou à Miraflores ou Barranco.

Les anciens, ceux qui ont vécu de plein fouet le temps où les Sentiers Lumineux (la guerrilla du coin) faisaient sauter les bus à chaque coin de rue, disent pourtant que ça a bien changé. Lima s’est modernisée, et la classe moyenne semble grignoter de plus en plus de terrain aux riches et aux pauvres. Lorsque le Pérou et ses voisins seront les leaders économiques mondiaux, oui, amis américains et européens, le monde aura bien changé…

Publicités